Alzheimer et déclins cognitifs: prévention et possibles traitements

5 janvier, 2017 , ,

Dans l’article Les origines de la maladie d’Alzheimer, nous avons vu certains facteur de risque de la maladie d’Alzheimer qui ne sont pas souvent répertoriés *(infection, métaux lourds, etc.). On pourrait aussi s’étendre sur le rôle de l’inflammation sourde, du syndrome métabolique (glycémie / insulinémie / glycotoxines) ou encore des radicaux libres…

Menus pour prévenir la maladie d'Alzheimer
Aujourd’hui, regardons plutôt les pistes de prévention de cette maladie. Pour plus de simplicité, et surtout parce que le diagnostic d’Alzheimer ne peut pas être posé dans les tout débuts de la maladie, les outils de prévention présentés ici couvriront à la fois la maladie d’Alzheimer et les autres formes de déclin cognitif. Entre vous et moi, on ne veut pas attendre le diagnostic (et que ce soit incurable) avant de faire quelque chose!

Les classiques

Le consensus américain actuel sur le sujet est disponible ici: NIH State-of-the-Science Conference Statement on Preventing Alzheimer’s Disease and Cognitive Decline

Un résumé de ce consensus: Daviglus ML, Bell CC, Berrettini W, et al. NIH State-of-the-Science Conference Statement: Preventing Alzheimer’s Disease and Cognitive Decline.NIH Consens State Sci Statements. 2010 Apr 28;27(4). [Epub ahead of print] PubMed PMID: 20445638.

Les facteurs de prévention classiques sont:

  1. Garder son esprit actif: plus on apprend, plus notre cerveau se développe.
  2. Activité physique intense et régulière: plus on active notre système, au complet, plus notre esprit est allumé.

Je vous invite également à lire les articles suivants:

Les facteurs de risques habituellement énoncés partout (voir Vitamine D et Alzheimer) sont bien documentés. À chaque fois qu’on agit pour réduire l’un de ces facteurs, on éloigne la maladie. Mais il y a d’autres avenues, moins bien connues, moins bien documentées, mais qui valent la peine de s’y intéresser.

Les moins connus

Antioxydants

Pour l’instant, les études cliniques s’étant intéressées aux antioxydants chez des patients atteints d’Alzheimer sont très décevantes: pas de différence clinique entre les groupes qui ont pris des doses d’antioxydants et ceux qui ont reçus les placébos. Si leurs effets sont insuffisants pour faire régresser la pathologie, on peut par contre présumer que leur rôle préventif est plus important. Nous savons que, dans les modèles animaux et dans le mécanisme de développement des déclins cognitifs (physiopathologie), les radicaux libres sont fortement impliqués dans les pertes de fonctions cérébrales. Il est donc logique de s’intéresser aux antioxydants.

Liste des antioxydants ayant été étudiés: (1,2)

  • Vitamine E
  • Flavonoïdes, en particulier les catéchines du thé vert (EGCG)
  • Resvératrol et ptérostilbène
  • Curcumines du curcuma
  • Ubiquinone ou coenzyme Q10
  • Acide alpha-lipoïque
  • Ginkgo biloba
  • N-acétyle cystéine

Chacune de ces substances agit de façon différente sur le processus. Par exemple, le curcuma, dans les modèles animaux, a réussi à faire disparaître la plaque amyloïde.(3) Dans une étude clinique d’une durée de 6 mois chez des patients atteints de la maladie, on n’a noté aucune amélioration des symptômes, mais des marqueurs de la désagrégation des plaques amyloïdes ont augmenté.(4)

Vitamine D

sun-soleil

Lorsqu’on a donné de la vitamine D active à des souris ayant développé la maladie d’Alzheimer, les chercheurs ont noté une augmentation de la capacité de la barrière hémoméningée (protectrice du cerveau) à éliminer les peptides amyloïdes bêta. C’est un signe que, chez ces souris, la vitamine D pourrait être utile en prévention par le biais de son action sur cette fameuse barrière.(5)

Nous avons déjà parlé du rôle potentiel de l’aluminium dans le développement de l’Alzheimer. Une étude a démontré que la vitamine D prévient les dommages de ce métal toxique au cerveau.(6)

Allez aussi voir Vitamine D et Alzheimer pour en connaître plus sur le rôle de la vitamine D.

Omégas 3

salmon-saumon

Les omégas 3 de poisson (EPA et DHA) sont réputés pour leur rôle dans la santé du système nerveux. En prévention, l’usage d’huile de poisson est tout à fait indiqué. Plusieurs auteurs mentionnent que le DHA est primordial pour la prévention et même peut-être pour réduire le déclin cognitif.(7)

Lorsqu’on parle d’omégas 3 et de maladie d’Alzheimer, il faut absolument mentionner les travaux de Frédéric Calon de l’Université Laval dans ce domaine. Dr Calon a su démontrer le rôle du DHA pour réduire, voire éliminer la plaque chez la souris.(8) Bien entendu, nous ne sommes pas des souris, mais ses travaux sont si intéressants et les omégas 3 si prometteurs et sécuritaires que nous devrions tous en consommer. Un petit mot personnel: les recherches portent surtout sur le DHA, mais il ne faut pas sous-estimer le EPA. Nous avons besoin des deux.

Lisez également Prévention de l’Alzheimer qui rapporte certaines recherches sur les omégas 3 et sur la vitamine B12, ainsi que Garder un cerveau jeune qui traite principalement de la choline.

La diète

raw food aliments cru

Des chercheurs ont estimé que 7 nutriments principaux (gras saturés et mono-insaturés, omégas 3 et 6, vitamines E et B12, acide folique) pouvaient avoir un impact sur la prévention de l’Alzheimer. Ils ont évalué l’impact d’une diète riche en noix, poissons, tomates, crucifères (famille des choux), fruits et légumes feuillages verts foncés et pauvre en produits laitiers gras, viande rouge, abats et beurre. Les gens qui suivent une diète santé de ce type voient leur risque de développer la maladie diminuer substantiellement. De fait, leur risque est jusqu’à 38% plus faible que celui des personnes qui suivent la diète inverse, à l’américaine.(9)

Existe-t-il une stratégie gagnante?

Le problème de la preuve reste entier puisque les études cliniques sur la prévention des déclins cognitifs se font attendre… probablement toujours pour la même raison: pas de profit à faire avec la prévention (je ne parle évidemment pas des tests de dépistages affublés du nom de «prévention»). Mais, même si la preuve n’est pas suffisante pour qu’on puisse en faire une recommandation médicale, nous pouvons quand même nous intéresser à ces substances et à l’alimentation parce que:

  • Elles ne causent pas de toxicité;
  • Elles ne briment pas la qualité de vie;
  • Elles ont un potentiel d’efficacité plus que probable, au moins en prévention.

Alors, pourquoi pas?


Références:

  1. Polidori CM, De Spirt S, Stahl W, Pientka L. Conflict of evidence: Carotenoids and other micronutrients in the prevention and treatment of cognitive impairment. Biofactors. 2012 Mar 15. doi: 10.1002/biof.1001. [Epub ahead of print] PubMed PMID: 22419511.
  2. Mecocci P, Polidori MC. Antioxidant clinical trials in mild cognitive impairment and Alzheimer’s disease. Biochim Biophys Acta. 2012 May;1822(5):631-8. Epub 2011 Oct 13. PubMed PMID: 22019723.
  3. Ringman JM, Frautschy SA, Cole GM, Masterman DL, Cummings JL. A potential role of the curry spice curcumin in Alzheimer’s disease. Curr Alzheimer Res. 2005 Apr;2(2):131-6. Review. PubMed PMID: 15974909; PubMed Central PMCID: PMC1702408.
  4. Baum L, Lam CW, Cheung SK, et al. Six-month randomized, placebo-controlled, double-blind, pilot clinical trial of curcumin in patients with Alzheimer disease. J Clin Psychopharmacol. 2008 Feb;28(1):110-3. PubMed PMID: 18204357.
  5. Ito S, Ohtsuki S, Nezu Y, Koitabashi Y, Murata S, Terasaki T. 1α,25-Dihydroxyvitamin D3 enhances cerebral clearance of human amyloid-β peptide(1-40) from mouse brain across the blood-brain barrier. Fluids Barriers CNS. 2011 Jul 8;8:20. PubMed PMID: 21740543; PubMed Central PMCID: PMC3162579.
  6. Vukicevic S, Kracun I, Vukelic Z, Krempien B, Rosner H, Cosovic C. 24R,25-dihydroxyvitamin D3 prevents aluminum-induced alteration of brain gangliosides in uremic rats by keeping the metal within perivascular astrocytes of the blood-brain barrier. Neurochem Int. 1992 Apr;20(3):391-9. PubMed PMID: 1304334.
  7. Hashimoto M, Hossain S. Neuroprotective and ameliorative actions of polyunsaturated fatty acids against neuronal diseases: beneficial effect of docosahexaenoic acid on cognitive decline in Alzheimer’s disease. J Pharmacol Sci. 2011;116(2):150-62. Epub 2011 May 21. Review. PubMed PMID: 21606627.
  8. Calon F, Cole G. Neuroprotective action of omega-3 polyunsaturated fatty acids against neurodegenerative diseases: evidence from animal studies. ProstaglandinsLeukot Essent Fatty Acids. 2007 Nov-Dec;77(5-6):287-93. Epub 2007 Nov 26. Review. PubMed PMID: 18037281.
  9. Gu Y, Nieves JW, Stern Y, Luchsinger JA, Scarmeas N. Food combination and Alzheimer disease risk: a protective diet. Arch Neurol. 2010 Jun;67(6):699-706. Epub 2010 Apr 12. PubMed PMID: 20385883; PubMed Central PMCID: PMC3029147.
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Auteur

Jean-Yves Dionne

Jean-Yves Dionne is a pharmacist, educator, lecturer, scientific advisor, and consultant in natural health products (NHPs). He is a regular lecturer at the Universities of Montreal and Laval. He writes for many publications such as Montreal en Santé and sits on the editorial board of the Natural Medicine Journal, the official journal of the American Association of Naturopathic Physicians.

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