Cinq raisons de remettre en question les tests d’intolérances alimentaires

29 août, 2016 , ,

Les tests d’intolérances alimentaires coutent entre $500 et $700 et passent en revue environ 250 aliments pour déterminer vos éventuelles intolérances. Il est nécessaire de sensibiliser les millions de consommateurs bien intentionnés qui pensent qu’en se débarrassant d’« intolérances alimentaires cachées », leur corps sera débarrassé de tous leurs désagréments, tels que les troubles digestifs, les migraines, douleurs chroniques ou même des problèmes de poids.

Aujourd’hui, je vais avancer les cinq raisons qui me font douter de ces tests pseudo scientifiques et expliquer pourquoi ils devraient être remis en question.

Avant de commencer, il est nécessaire de clarifier quelque chose : les allergies alimentaires sont très différentes des intolérances ! Vous pouvez être intolérant au lactose, cela ne signifie pas que vous soyez allergique au lait.

Allergie Alimentaire

Intolérance Alimentaire

Définition Réaction du système immunitaire potentiellement mortelle. Réaction non immunitaire. Terme désignant les aliments que votre corps a des difficultés à tolérer dans des quantités variables.
Examples Allergies aux cacahuètes, lait, œufs, etc. L’intolérance au lactose ou les individus avec le syndrome de l’intestin irritable suivant une alimentation faible en FODMAP.
Diagnostic Un allergologue (médecin spécialiste en immunologie) explorera votre historique médical et vous fera passer des tests cutanés à la recherché d’anticorps IgE. Aucun test sanguin ne valide le diagnostic d’une intolérance alimentaire. Il est possible d’utiliser un journal alimentaire, d’éliminer certains aliments de son régime, ou de passer une épreuve respiratoire à l’hydrogène pour détecter l’intolérance au lactose.

Cinq raisons de remettre en question les tests d’intolérances alimentaires :

1. Les tests d’anticorps IgG manquent de bien-fondé scientifique.

Lorsque notre corps est exposé à des aliments, différents anticorps (protéines créées par le système immunitaire) sont produits. Les anticorps peuvent être séparés en cinq groupes, ils ont des fonctions différentes et se retrouvent à divers endroits du corps.

Si votre corps produit des anticorps IgE en réaction à un aliment, cela peut être une allergie. Par exemple, si Joe est allergique aux cacahuètes, son corps produirait des anticorps IgE en réaction aux protéines de cacahuètes et il pourrait ressentir immédiatement des symptômes tels que de l’urticaire, des vomissements, des sifflements respiratoires ou une réduction de sa pression sanguine. Les tests d’anticorps IgE sont scientifiquement validés pour diagnostiquer des allergies alimentaires.

Les tests d’intolérances alimentaires recherchent quant à eux des anticorps IgG et assimilent leur présence à une intolérance. Pourtant, l’anticorps IgG est le plus répandu dans le corps et il n’a jamais été scientifiquement prouvé qu’il soit lié à une intolérance alimentaire ! En fait, de nombreuses études ont démontré que les anticorps IgG pouvaient se manifester en fonction de l’exposition à certains aliments (en anglais: ici, ici, ici). Il y’a par conséquent de nombreux « faux » résultats positifs à la présence d’IgG, en réponse aux aliments que vous consommez déjà.  Produire des anticorps IgG en réaction à un aliment n’est pas une réponse négative, cela démontrerait au contraire que vous le tolérez. Par exemple, des enfants avec une réelle allergie (avec réaction d’anticorps IgE) sont plus susceptibles de tolérer les aliments qui leur provoquent des anticorps IgG (en anglais: ici, ici). De même, une augmentation des anticorps IgG a été associée à une plus grande tolérance d’agents allergènes lors de séances d’immunothérapies (le fait de recevoir de petites quantités d’un allergène pour en augmenter sa tolérance) (en anglais: ici, ici).

Lisez la critique des tests IgG d’intolérances alimentaires (en anglais) écrite par la Canadian Society of Allergy and Clinical immunology (en anglais).

2. De fausses promesses

Ces tests exploitent la confiance du consommateur ; sans recherches solides pour soutenir leurs innombrables allégations (même sur le site internet du fabricant). Bien intentionnés, les consommateurs soucieux de leur santé pourraient être induits en erreur et menés à acheter ces tests onéreux. Après tout, ils ont confiance en ceux qui en font la publicité – des professionnels de santé alternative, en salles de gym voir même certaines pharmacies.

Regardez ici comment Elisa Biotechnologies (en anglais) fait la promotion des bénéfices pour la santé et comment Hemocode System (en anglais) avance qu’en continuant de manger des aliments auxquels vous êtes « intolérant », vous pourriez développer des maux tels que migraines, fatigue chronique, troubles de la digestion, fibromyalgie, psoriasis, acné, diarrhée et constipation. Voici un conseil, si aucune recherche ne peut soutenir un produit, le fabricant utilisera souvent des témoignages ou études de cas pour étayer ses propos.

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3. Un manque d’amélioration des symptômes.

Avec tout cet argent et ce temps investi dans ces tests, vous pourriez au moins espérer vous sentir mieux. Et non ! Dans cette étude (en anglais) publiée dans International Archives of Allergy and Immunology, 62% des patients avaient des anticorps IgG en réaction à un certain nombre d’aliments, principalement les œufs, le lait, la caséine ou le blé. Cependant, aucun des patients positifs aux anticorps IgG n’a montré de réaction, immédiate ou à retard, à cet aliment dans le cadre d’un test à l’aveugle incluant des placébos.

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La plupart du temps, ces individus mangeaient ces aliments sans aucun problème de tolérance. Souvenez-vous que la présence d’anticorps IgG dans le sang indique que votre corps a développé une tolérance à cet aliment. Cette recherche (en anglais) n’a également pu démontrer aucun bénéfice du test IgG pour les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII).

4. Des restrictions alimentaires inutiles.

En tant que diététiste-nutritionniste, j’ai vu de nombreux clients complètement débordés par la liste de leurs « intolérances alimentaires ». Ils ne savent plus quoi manger et ont éliminés de nombreux aliments sains de leur quotidien. D’autres qui ont passé ces tests ont cessé de suivre leurs indications en raison des trop grandes restrictions et du manque d’amélioration de leurs symptômes. Plus inquiétant, des enfants ou patients souffrant de maladies plus graves (insuffisance rénale, en traitement d’un cancer) ont vu leur régime alimentaire restreint de manière stricte sur la base de tests IgG. Ces personnes vulnérables sont susceptibles de ne pas recevoir les apports nutritionnels correspondant à leur situation en vue de maintenir ou améliorer leur santé.

5. Soyez critique !

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Le consommateur est aujourd’hui assommé par les informations sur la santé et les conseils en nutrition. Mais toutes ces informations ne sont pas vraies ou approuvées scientifiquement et délivrées par des autorités compétentes. Pour éviter de vous retrouver avec 20 pages d’intolérances alimentaires grâce à un test qui vous aura couté cher, parlez plutôt de vos inquiétudes avec un professionnel de la santé. Consultez un allergologue si vous pensez souffrir d’allergies ou d’intolérances. Consultez un spécialiste pour tout autre problème. Si vous souffrez de troubles digestifs tels que des douleurs abdominales, des ballonnements, de constipation ou de diarrhée, vous pourriez être intolérant à certains aliments et il est préférable de vous rapprocher d’un nutritionniste spécialisé dans la digestion.

Travailler avec un nutritionniste vous permettra de découvrir vos intolérances alimentaires à partir d’un processus d’élimination des aliments et d’étude de vos symptômes.

Pour faire court:

Ces tests sanguins sont chers, ne sont pas scientifiquement validés (en anglais), ne sont pas fiables et ne devraient pas être utilisés comme outil de diagnostic. Les anticorps IgG sont liés aux tolérances alimentaires et les régimes restrictifs peuvent mettre votre santé en danger. Par ailleurs, les consommateurs doivent comprendre que les tests IgG ne sont pas le remède à tous leurs maux.

Menus faibles en FODMAPs

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Auteur

Andrea D'Ambrosio

Andrea est nutritionniste et fondatrice de Dietetic Directions, une entreprise de consultation en nutrition. La mission d’Andrea est d’inspirer et de motiver ses clients pour qu’ils adoptent durablement des saines habitudes de vies. Elle s’est spécialisée dans le domaine des allergies et hypersensibilités, ainsi que dans le coaching motivationnel pour le changement des habitudes.

7 commentaires à “Cinq raisons de remettre en question les tests d’intolérances alimentaires”

août 31, 2016 à 10:31 , Francine tessier dit:

Bonjour ! moi j’ai reçu dans ma boite aux message, un article qui parlait d’intolérance au gluten. l’article disait que le pain au levain selon le temps de pause enlevait le gluten. J’ai posé la question a Madame Jacqueline Lagacé, elle m’a dit de communiquer avec SOS CUISINE pour plus d’information mais selon elle et son expérience elle n’a pas eu de résultat positif. Pouvez-vous me renseigner un peu plus. Merci!!!

septembre 01, 2016 à 4:23 , Karine Lafrenière dit:

Bonjour mes enfants et moi faisons des réactions à la protéine bovine et au soja je sais qu’il n’y a aucun test (cutané) pour certifier allergie ou intolérance. Dans mon cas si je mange du boeuf je suis en diarrhée et mes enfants pas mal pareil. Il y a tu une façon vraiment de vérifier si c’est une intolérance ou allergies alimentaires. Sous le cutanée avec « du lait « que allergologue à fait le tes sur le bras de ma fille mais aucun réaction. Donc il nous a dit intolérance sévère et ça va arrêter vers 2 an oui effectivement sa la diminution pour mieux recommencer à 31/2 ans problème respiratoire constamment recommence les diarrhée….. bref qui croire maintenant besoin aide par une nutritionniste svp bébé de 7 semaines réaction lui aussi

Cinzia Cuneo

septembre 02, 2016 à 11:38 , Cinzia Cuneo dit:

Bonjour Karine,
Votre cas est complexe et effectivement ça vaudrait la peine de rencontrer un expert.

septembre 02, 2016 à 10:24 , L.-E. Gilbert dit:

Bonjour,
Selon votre article, dans laquelle de vos 2 catégories mettez-vous la maladie cœliaque? Avec les allergies – puisqu’elle provoque une réaction du système immunitaire, ou bien du côté des intolérances – malgré qu’elle provoque une réaction du système immunitaire?
Merci

Cinzia Cuneo

septembre 02, 2016 à 11:38 , Cinzia Cuneo dit:

Bonjour,
Dans la maladie coeliaque il n’y a pas de IgE comme dans les allergies; dans ce cas on parle de entéropathie.

septembre 02, 2016 à 3:43 , L.-E. Gilbert dit:

>Il serait donc logique et plus juste que le monde médical pour commencer (médecins, nutritionnistes, etc.) et tout le monde ensuite cessent d’appeler cette maladie  »intolérance » …

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