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Du glyphosate dans nos assiettes

13 juillet, 2020 , , ,

Mis sur le marché en 1974 par Monsanto, sous la marque Roundup, le glyphosate est un herbicide reconnu pour sa grande efficacité. Il est l’herbicide le plus utilisé au monde. En 20 ans, la quantité de glyphosate épandue dans les champs a été multipliée par quinze.

Afin d’éliminer les mauvaises herbes, le glyphosate est pulvérisé sur les cultures tout au long de leur croissance. On peut également l’utiliser juste avant la récolte comme c’est le cas avec certaines céréales (tel le blé, l’orge, l’avoine) et certaines légumineuses. Le but de cette manoeuvre est d’améliorer le rendement. En effet, cette technique dessèche la plante ce qui rend la cueillette plus rapide. Or cela accroît la contamination des aliments. Notons que la dernière pratique énoncée est interdite en Europe.

Faut-il avoir peur du glyphosate?

Ce sujet est sensible et soulève beaucoup de controverse. Au cours des dernières années, le monde s’inquiète de plus en plus des effets potentiels, directs et indirects de l’utilisation à grande échelle du glyphosate.

Le glyphosate aurait des impacts sur la biodiversité, notamment aquatique, ce qui inquiète les scientifiques. On le retrouve un peu partout: dans l’eau (cours d’eau, eaux souterraines, eaux potables), dans les sols, dans l’air et même dans nos assiettes.

Outres ces impacts sur l’environnement, le glyphosate serait dangereux pour la santé. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé reconnaît le glyphosate comme un « cancérigène probable » pour l’homme.

Une nouvelle méta-analyse, publiée en février 2019, confirme que les personnes très exposées aux herbicides à base de glyphosate, tel les agriculteurs, ont 41% plus de risques de développer un type de cancer appelé lymphome non hodgkinien, une forme agressive de cancer du sang. S’ajoutent à cela plusieurs études scientifiques menées sur les animaux venant accuser le glyphosate d’être un perturbateur endocrinien et d’induire des effets néfastes sur le système digestif par son impact négatif sur les bactéries intestinales.

Aux États-Unis, Bayer (qui a racheté Monsanto) fait face à des milliers de poursuites judiciaires, au sujet des risques supposés de cancer liés à l’utilisation de désherbants tels que le Roundup, et va devoir dépenser près de 10 milliards de dollars selon un accord d’indemnisation conclu en juin 2020.

Du glyphosate dans nos assiettes?

L’agence canadienne d’inspection des aliments a analysé le contenu en glyphosate de près de 13000 aliments, représentatifs du panier des canadiens, entre 2015 et 2018. Ces données ont permis de voir que 1 aliment sur 3 contient des résidus de glyphosate et 1 sur 4 pour les aliments destinés aux nourrissons, parfois à des concentrations supérieures aux limites de contamination jugées « sécuritaires » par Santé Canada.
37 % des échantillons contenaient des résidus de glyphosate et 0,5 % d’entre eux en contenaient au-delà des limites permises.

On retrouve des résidus de glyphosate dans toutes sortes d’aliments : mets préparés, riz, pâtes, biscuits, farines…

Actuellement il n’existe pas d’études indiquant clairement un lien de cause à effet entre la consommation d’aliments contenant des résidus de glyphosate et le risque de développer une maladie.

Moins de glyphosate dans les aliments biologiques?

Le glyphosate se retrouve même parmi les produits biologiques. En effet, 24 % des échantillons biologiques testés contenaient des résidus de glyphosate.

La contamination croisée serait une explication possible. Celle-ci serait causée par la proximité des champs conventionnels et biologiques ainsi que par l’eau des rivières et l’eau souterraine qui amènerait le glyphosate dans les champs biologiques.

Il reste que malgré cela, les produits issus de l’agriculture biologique sont susceptibles de contenir moins de produits chimiques nocifs pour la santé. D’ailleurs, selon des tests menés sur 40 personnes par le groupe Vigilance OGM, celles ayant principalement une alimentation issue de l’agriculture biologique auraient des concentrations de glyphosate dans leurs urines plus basses voir nulles comparativement aux autres. Notons que les tests d’urine sont simplement une indication de l’exposition au glyphosate et ne veut pas forcément indiquer un risque quelconque.

Des mesures à prendre?

Dans un but de protection de la santé des canadiens, Santé Canada établit des limites quant aux concentrations de résidus de pesticides possiblement présents à la surface ou à l’intérieur d’un produit alimentaire. Ces concentrations limites varient en fonction des différents aliments (ex., haricots, lentilles, blé, orge, etc.).

Cependant certains produits dépassent ces limites. De plus, nous consommons une variété d’aliments chaque jour, or l’exposition au glyphosate et aux risques qui y sont associés sont cumulatifs.

Malgré ces risques potentiels négatifs pour la santé, l’utilisation du glyphosate a été ré-approuvé en 2017, par l’agence de réglementation de la lutte antiparasitaires de Santé Canada, pour une période de 15 ans.

En parallèle, d’autres pays tel que la France, l’Allemagne et l’Autriche adoptent des mesures visant à restreindre sévèrement voir à interdire l’utilisation du glyphosate d’ici les trois à cinq prochaines années. Même l’Italie a décidé d’interdire l’importation du blé canadien en raison des résidus de glyphosate.

Le glyphosate est de plus en plus utilisé et de ce fait on le retrouve dans notre environnement et dans nos assiettes. En tant que consommateur il est difficile de l’éviter complètement. Il vous est toujours possible d’opter pour des aliments biologiques (moins contaminés) et locaux (permettant de connaître leur provenance). Afin d’éliminer certains pesticides de vos fruits et légumes, lisez notre article «Comment laver fruits et légumes pour se débarrasser des pesticides».

Au delà des pesticides, cuisiner maison et éviter les aliments ultra-transformés est le bon choix à faire pour votre santé.


Références

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Auteur

Jennifer Morzier

Jennifer Morzier

Jennifer est nutritionniste diplômée de l’Université de Montréal depuis décembre 2018 et membre de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ). Elle est convaincue que la qualité de nos choix alimentaires a un impact direct sur notre santé et notre niveau d’énergie. Son objectif ? Aider à améliorer la qualité de ce que l’on met dans nos assiettes, c’est donc tout naturellement qu’elle allie ses efforts à ceux de l’équipe de SOSCuisine.

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